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Modération politique et éthos féminin : L’Esclavage des Noirs d’Olympe de Gouges
Article de revue scientifique

Modération politique et éthos féminin : L’Esclavage des Noirs d’Olympe de Gouges

Charline Granger
Pratiques & formes littéraires 16-18, (22)
02/03/2026

Résumé

L’Esclavage des Noirs, représenté pour la première fois en 1789, est souvent cité comme la première pièce antiesclavagiste de l’histoire, à une époque où le mouvement abolitionniste se structure progressivement en France. Le dispositif dramaturgique qu’Olympe de Gouges élabore n’en fait pourtant pas seulement une pièce politique de circonstance ; elle est également une véritable fiction politique, démarquée de son œuvre théorique Le Bonheur primitif de l’homme, inspirée de Rousseau. Mon hypothèse est que le choix du medium théâtral par Gouges lui permet d’occuper, dans la sphère publique, un autre terrain que celui des idées et des discours, tenu presque exclusivement par les hommes. C’est paradoxalement en élaborant une dramaturgie non agonistique, condamnant la révolte des opprimés, et en construisant un éthos féminin faible et sensible, conforme à la position subalterne que la société lui assigne, que Gouges parvient à faire advenir, sur la scène et dans la salle, un nouvel ordre, avec tout ce que cette expression charrie de progressiste et de conservateur : un ordre novateur, voire révolutionnaire, par rapport à la situation politique contemporaine aux colonies, mais un ordre construit sur des normes sociales traditionnelles. Comme si l’utopie de ces temps primitifs où aurait régné l’égalité entre les êtres humains avait besoin que les maîtres restent les maîtres, et que ces maîtres restent des hommes.

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https://doi.org/10.35562/pfl.936Afficher
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