Résumé
Les paysages médiévaux de la Corse sont encore mal connus car les sources écrites sont rares et peu d'analyses anthracologiques y ont été réalisées. L'archéologie préventive médiévale est encore peu développée dans l'île malgré les 47 opérations conduites par l'Inrap depuis 2004. Les fouilles programmées portent essentiellement sur des castra, c'est-à-dire des sites regroupés et fortifiés qui s'épanouissent à partir de l'an 1000. Ils abritent les inermes à l'ombre protectrice de la tour seigneuriale. Mais la Corse présente un intérêt paléoécologique majeur : c'est une montagne dans la mer où les changements altitudinaux de végétation sont très rapides et son origine granitique et volcanique a entraîné le développement d'une végétation silicicole. Les analyses anthracologiques effectuées sur les castra de Contudine, Rostino et L'Ortolo offrent la possibilité de reconstituer leur environnement boisé et parfois leur évolution entre le XIIe et le XVe siècle. Elles permettent également de mieux comprendre les pratiques liées à la collecte de bois de chauffage ou de bois d'œuvre. Dans cette perspective, de nouveaux outils comme l'anthraco-entomologie ou l'éco-anatomie quantitative apportent une contribution décisive : la manière dont le bois était collecté pour le foyer domestique est mieux comprise, et les résultats mettent en évidence que les cultures fruitières - qui se sont enrichies de nouvelles espèces - se sont nettement développées à la fin du Moyen Age et parfois de manière très intensive, en particulier pour la culture de l'olivier.