Résumé
This article deals with the slaughtering of farm animals. It aims to illustrate a major shift in Western European attitudes toward animal killing: the moral prohibition that the act of slaughter now transgresses has less to do with killing a living being than with causing suffering to a sentient being. Starting with the emblematic case of religious slaughter, the first part of this article takes a socio-historical look at how the absence of pain has gradually become the basis of contemporary good killing. The second part of this paper proposes the concept of animalitarian moral economy, an expression forged in particular from Didier Fassin’s work on humanitarian reason and the intolerable, which seems heuristic for analyzing contemporary issues surrounding the end of life of animals.
Cet article traite de l’abattage des animaux de ferme. Il vise à rendre compte d’un déplacement majeur dans le rapport à la mise à mort animale en Europe : l’interdit moral que transgresse de nos jours l’acte d’abattage est moins lié au fait de tuer un être vivant que de faire souffrir un être sensible. À partir du cas emblématique de l’abattage rituel, cet article dresse, dans une première partie, une rétrospective sociohistorique qui montre comment l’absence de douleur s’est progressivement installée au fondement du bien-tuer contemporain. Il propose dans un second temps le concept d’économie morale animalitaire, expression forgée à l’appui notamment des travaux de Didier Fassin sur la raison humanitaire et les intolérables, qui semble heuristique pour analyser les questions contemporaines autour de la fin de vie des animaux.