Abstract
La notion d’universalisme, qui est au cœur de débats politiques actuels, suscite pendant la Révolution françaisedes conflits d’interprétation. Pour restituer certains d’entre eux, cet article se propose d’analyser la conceptionde l’universalisme défendue par trois militantes féministes étrangères engagées dans le processusrévolutionnaire : Mary Wollstonecraft, Théroigne de Méricourt et Etta Palm d’Aelders. Croisant les trajectoiressociales et politiques de ces femmes, il s’agit de montrer que leur expérience d’une double exclusion – en tantque femmes et étrangères – leur a permis de pointer les contradictions de l’universalisme abstrait défendu parles dirigeants révolutionnaires. Chacune à leur manière, elles dessinent des voies pour concrétiser pour lesfemmes la promesse d’émancipation portée par la Révolution. L’éducation nouvelle pour les deux sexes, laprise d’armes par les femmes et l’articulation des luttes contre d’autres formes d’oppression constituentdifférents moyens pour faire advenir une égalité réelle. Mais, marquées par les stigmates liés à leur statutd’étrangère et à leur vie sexuelle transgressive des normes de féminité, ces trois féministes sont victimes d’unrappel à l’ordre tant physique que symbolique. Leurs positions, si elles ont été délégitimées, ouvrentaujourd’hui des perspectives pour penser un autre universalisme, pluriel et hybride, sans cesse reconfiguré parles résistances aux rapports de domination.