Résumé
L’oxazépam est une benzodiazépine avec les mêmes indications que toutes les benzodiazépines commercialisées anxiolytiques. Au niveau pharmacocinétique, elle diffère des autres BZD par l’absence de métabolisation de phase [1] ce qui implique (i) en pratique, elle est privilégiée en clinique dans la prise en charge du sevrage aux autres benzodiazépines chez les sujets avec une insuffisance hépatique (non sévère) ; (ii) une demi-vie relativement courte. Ces caractéristiques confèrent-elles à l’oxazépam un potentiel particulier d’abus et de dépendance ? Nous présentons ici le bilan français des signalements d’addictovigilance.
Les signalements d’oxazépam reçus par le réseau français d’addictovigilance au cours des 10 dernières années, de 2011 à 2020, ont été analysés.
Pendant la période d’étude, 1125 notifications détaillées ont été reçues par le réseau d’addictovigilance. Près de la moitié des sujets étaient dépendants à l’alcool (49,1 %, n=553). Les principales problématiques étaient les troubles de l’usage (56,9 %, n=640), la surconsommation (54,7 %, n=615) et le mésusage (36,7 %, n=413). Dans plus d’un tiers des notifications la dose consommée est au moins deux fois supérieure à l’AMM. Les effets recherchés sont variés et des modalités de prises non conformes sont rapportées : prises massives, anarchiques, répétées/fractionnées. Le mésusage (pour effet recherché, voie d’administration, modalités de prises non conformes) est en augmentation : à partir de 2018 il concerne plus de 40 % des notifications ; l’usage pour effet récréatif est rapporté dans 20 % des notifications en 2020. En revanche, le détournement de la voie d’administration est rarement signalé (n=24). La transgression pour l’obtention est rapportée dans 27,7 % des signalements (n=355).
Cette première étude d’addictovigilance évaluant l’oxazépam met en évidence, en termes qualitatifs, des critères d’abus et de dépendance similaires aux autres benzodiazépines [1]. Au niveau quantitatif, l’oxazépam fait l’objet d’un nombre particulièrement élevé de signalements. Les propriétés pharmacocinétiques de l’oxazépam peuvent expliquer certaines spécificités : la demi- vie courte et les prises pulsatiles, expliquant le mésusage particulier (prises massives, anarchiques, fractionnées) et la surconsommation importante retrouvée dans les données ; l’absence de métabolisation est à l’origine d’une utilisation non recommandée [2] chez une population alcoolo-dépendante retrouvée dans la moitié des cas d’addictovigilance de l’oxazépam (possiblement à l’origine d’un plus grand nombre de notifications). Ces caractéristiques, ajoutées au contexte d’augmentation de l’usage récréatif, indiquent la nécessité de rappeler que l’oxazépam n’est pas une benzodiazépine recommandée dans le sevrage à l’alcool [2] et de ne pas banaliser l’utilisation de cette benzodiazépine dont la place dans l’arsenal thérapeutique reste essentielle.