Résumé
La transmission de maladies par le vecteur « moustique » est un domaine de recherche faisant appel à des disciplines variées. La question des leviers et freins à l’interdisciplinarité s’y pose de manière aiguë. Notre enquête a été conduite par treize entretiens semi-directifs auprès de scientifiques issus des Sciences du Vivant et de l’Environnement et des Sciences Humaines et Sociales. Tous se déclarent régulièrement intéressés par l’interdisciplinarité, que ce soit pour répondre aux demandes institutionnelles ou pour élargir leurs questions de recherche. Toutefois, cela masque des représentations parfois floues de ce que font leurs collègues d’autres disciplines. Ces malentendus peuvent amener certains scientifiques à se sentir instrumentalisés par leurs collègues ou d'autres à estimer que les résultats obtenus ne sont pas ceux escomptés. En pratique, les attendus en termes de production académique sont d’abord disciplinaires. Les acteurs s’inscrivent dans des traditions de recherche différentes avec, par exemple, une division du travail plus hiérarchisée en SVE qu’en SHS où les recherches sont plus individuelles. Le métier de scientifique s’exerce en silos où l’interdisciplinarité est un moyen de négocier une certaine liberté et d’attirer des fonds tout en étant souvent peu rentable académiquement.