Résumé
Au nord-est d'Abidjan, une lagune est passée, en une quinzaine d'années, du statut de milieu à celui de réserve d'eau potable pour la ville. Cette transformation a appelé une production importante d'expertise sur sa vulnérabilité. À partir d'une ethnographie des sciences et des scientifiques réunis autour de cette lagune, ce texte vise à rendre compte de la production de ces diagnostics, et de leur articulation à une action publique « tirée » par l'infrastructure de potabilisation. Dans un contexte post-conflit, où la reconstruction des capacités scientifiques et relatives à la production d'eau potable se déroule dans un milieu écologique fragile, il montre notamment comment cette articulation conduit à la sélection d'un type de vulnérabilité basé sur « l'état » du milieu justifiant son exploitation aux dépens d'un autre insistant sur les « processus » de sa dégradation. Ce faisant, il offre aussi un exemple de la manière dont l'infrastructuration des milieux opère à la jonction des « zones métrologiques » et des capacités de contrôle des administrations dans les pays « sous régime d'aide ».