Résumé
Le système de soins a un double rôle à jouer dans les inégalités sociales de santé, sur les résultats et sur les processus de santé. La médecine générale y a une place particulière en tant qu’offre de premier recours des soins courants et que spécialité de construction récente, au carrefour entre une vision individuelle et de santé publique. Se pose ainsi la question de ce que fait ce professionnel des inégalités.
Un double protocole de recherche a été mis en place, consistant d’une part à objectiver les pratiques par l’observation de 494 dossiers médicaux dans des cabinets de médecins généralistes ; et d’autre part à comprendre les logiques de leurs actions à travers 17 entretiens sociologiques.
Il en ressort que les médecins généralistes appréhendent le social de quatre façons différentes. La première consiste à le penser comme extérieur au raisonnement médical, obstacle au déroulement d’un soin qui se veut biomédical. La deuxième acception intègre le social au sein du savoir spécialisé du médecin, comme un élément objectivable. Une troisième façon renvoie à la singularité du patient, mais aussi du médecin, faisant écho à l’aspect prudentiel de la profession. Le social est alors un élément participant du soin, positivement ou négativement. Ceci amène à une dernière conception consistant en une moralisation du social.
Ces perceptions ont chacune un lien différent avec les inégalités sociales de santé. D’un côté la médecine est une pratique scientifique, objectivable et mesurable, mais au prix d’une vision parcellaire de l’individu et des inégalités. D’un autre côté la médecine est une pratique individualisée et subjective, dépendante des caractéristiques sociales des deux acteurs, et plus encore de la distance sociale qui les sépare. L’existence d’un écart important nuit alors à l’équité de la relation par une moindre compréhension entre eux et une moindre place laissée au patient.