Résumé
Depuis l’arrivée de son nouveau PDG en 2006, le groupe OCP, anciennement Office chérifien des phosphates, a connu une véritable réussite financière, notamment en se repositionnant en aval de la chaîne de valeur des phosphates, c’est-à-dire en développant sa production d’engrais. Quels sont les ressorts de cette métamorphose, qui fait du groupe OCP une vitrine du royaume marocain ? À partir de la mise en perspective de récits de la success story produits par des acteurs proches de l’équipe dirigeantes, de données chiffrées sur les exportations d’OCP, d’une revue des travaux sur les villes minières et d’une enquête de terrain à El Jadida-Jorf Lasfar, cet article met au jour un ensemble d’ingrédients de cette trajectoire. D’abord, il resitue le contexte d’opportunités présentées par le marché international et les éléments-clés de la stratégie d’OCP pour développer sa compétitivité et maîtriser un environnement de risque, en mobilisant le cadre théorique Global production networks. Ensuite, afin de pallier les limites de ce cadre explicatif et de réencastrer l’examen de cette trajectoire dans les relations sociales qui sous-tendent la création de valeur, il analyse les recompositions des régimes de travail et les tensions dans le domaine de la reproduction sociale au sein des territoires de production. L’article montre notamment – ce qui est rarement évoqué dans les récits de la transformation du groupe – qu’OCP a cherché à discipliner les conflits au travail en combinant dialogue social et externalisation de ses activités à des entreprises sous-traitantes. Par conséquent, l’essor d’OCP repose en grande partie sur la précarisation du travail. Enfin, l’article analyse les tentatives du groupe de résorber la conflictualité locale par une refonte de sa politique de RSE, une démarche qui redessine les rapports de pouvoir entre l’entreprise et ses territoires de production.