Abstract
Dans un contexte de plastification du monde impliquant de lourdes menaces écologiques et sanitaires, toutefois appréhendées de manière encore très incomplète par la science, notre enquête qualitative a exploré dans quelle mesure les plastiques constituent un concernement dans le Sud-Ouest de Madagascar. À partir d'entretiens semi-directifs avec 112 personnes issues de huit catégories d'échantillonnage, combinés à une immersion dans deux communes de la Région Atsimo-Andrefana (Toliara et Saint-Augustin), nous abordons notamment les questions suivantes : quelles sont les représentations sociales (considérées comme indissociables des savoirs et pratiques) associées aux plastiques dans cette région ? Les plastiques sont-ils considérés comme une source de risques pour la santé humaine ? Quelles interrelations voit-on se dessiner entre ces représentations et les recherches et sensibilisations relatives aux plastiques déployées dans la région ? Cet article se situe ainsi à l'interface entre trois principaux champs de recherche : l'anthropologie des plastiques, l'approche sociogénétique des représentations sociales et la géographie humaine dans le Sud-Ouest de Madagascar. Après avoir interrogé la place des plastiques dans cette région, nous montrons que ces derniers sont généralement appréhendés entre matières, objets, déchets et pollution (notamment marine), mais qu'ils sont encore peu considérés comme une source de risques sanitaires. Ces représentations reflètent clairement les prismes prioritaires et zones d'ombre des recherches et des sensibilisations sur les plastiques. Nous proposons également des éléments de réflexion pour (re)penser les initiatives de sensibilisation, au-delà du rejet de la responsabilité de la « pollution plastique » sur les ménages malgaches, comme processus de négociation et de co-construction.