Résumé
Au sein des écosystèmes, les pollinisateurs jouent un rôle clé puisqu'ils permettent la pollinisation d'environ 75% des plantes à fleurs. En effet, en butinant de fleurs en fleurs, les insectes se nourrissent de pollen et de nectar que leur offrent les plantes. En retour, les insectes transportent le pollen (contenant les gamètes mâles) d'une fleur à l'autre, permettant la reproduction croisée des plantes. Dès lors, si le nombre des pollinisateurs diminue dans la nature, on peut s'interroger sur ses effets sur la reproduction des plantes. En 2006, des chercheurs britanniques et néerlandais ont montré que, depuis 1950, parallèlement au déclin des pollinisateurs, les espèces entomophiles (i.e. pollinisées par les insectes) disparaissaient au profit des espèces pollinisées par le vent et des espèces capables de se reproduire seules, par autofécondation (BIESMEIJER, ROBERTS et al. 2006). En effet, contrairement aux organismes qui nous sont proches (ex : les mammifères), la plupart des espèces de plantes sont hermaphrodites, elles possèdent donc la capacité de se reproduire soit seules (autogamie), soit avec leurs voisines (fécondation croisée ou allogamie). La plupart des espèces pratiquent la fécondation croisée mais certaines espèces se passent complètement des pollinisateurs et pratiquent un taux d'autofécondation proche de 100%. Dans notre laboratoire à Montpellier, nous nous sommes posés la question suivante : la baisse des pollinisateurs rendant le transfert de pollen d'une fleur à l'autre difficile, est-il possible que les plantes aient évolué génétiquement vers l'autogamie afin de devenir indépendantes des pollinisateurs ? En écologie, nous savons que le passage de l'allogamie vers l'autogamie se traduit par un changement de certains caractères chez les plantes : des fleurs plus petites, moins colorées donc moins attractives pour les pollinisateurs, moins de nectar. En effet, en présence de pollinisateurs, la plante investit dans l'attraction des pollinisateurs permettant de produire des graines par la fécondation croisée. En l'absence de pollinisateurs, les fleurs odorantes, avec des pétales colorés, représentent un coût pour la plante et la reproduction sera de toutes façons par autofécondation (THOMANN, IMBERT et al. 2015). En revanche, la qualité des graines issues de fécondation croisée est meilleure que celle issue d'autofécondation.