Résumé
Les nitazènes sont des opioïdes synthétisés à la fin des années 1950 comme de potentiels médicaments antalgiques mais sans développement ni commercialisation ultérieurs. Agonistes opioïdes puissants, sélectifs et affins des récepteurs μ, ils peuvent entraîner une bradypnée profonde avec hypoventilation marquée et sont à risque élevé d’overdose. En France, après 1 cas isolé en 2021, l’année 2023 fut marquée par 2 clusters d’intoxications en Occitanie [1] et sur l’Île de la Réunion [2].
Analyse des données du Réseau français d’addictovigilance, notamment les notifications saisies dans l’ANPV, colligées jusqu’au 30/06/2024 (sans borne inférieure).
Sur la période d’étude, on a dénombré 17 notifications d’addictovigilance, concernant toutes des hommes d’âge médian 39 ans [20–42]. Dans certains cas, le recours à l’analyse de produits via SINTES a permis d’identifier le nitazène concerné dans le produit consommé : protonitazène (n=5), isotonitazène (n=4), protonitazépyne, métonitazène, N-deséthyl-protonitazène et nitazène non mieux précisé (n=2), N-deséthyl-isotonitazène (n=1). Quatorze notifications concernaient une intoxication aiguë – dont 10 avec syndrome opioïde sévère – d’évolution favorable. La majorité des patients ont décrit une exposition à leur insu, pensant notamment consommer de l’héroïne ou de la chimique. Les 3 derniers dossiers rapportaient respectivement 2 décès (sujets retrouvés décédés, identification respectivement d’isotonitazène et métonitazène) et un trouble de l’usage à divers opioïdes dont du métonitazène.
La circulation des nitazènes sous des présentations variées complique leur détection et accroît le risque de consommation à l’insu et d’overdose ; une sensibilisation des usagers comme des structures de soins à l’existence de ces nitazènes est donc nécessaire. Il est également important de rappeler que la naloxone reste un recours efficace face à ces superagonistes μ, sous réserve de posologies pouvant être plus élevées que celles usuellement utilisées en cas d’intoxication par morphine ou héroïne. La résurgence de ces opioïdes puissants a ainsi mis au défi les structures de veille sanitaire et d’identification des toxiques. La collaboration des professionnels de santé, des acteurs de terrain et des structures de vigilance est essentielle. La dangerosité de ces nouveaux opioïdes montre la nécessité de documenter et de signaler leur circulation, afin de mettre en place les réponses les plus adaptées possibles en termes de santé publique.