Abstract
Avant la création du service des Monuments historiques, de nombreux ingénieurs jouèrent en France un rôle actif dans la connaissance et la conservation des monuments anciens. Le plus souvent éclipsées par les restaurations d’architectes, leurs interventions furent, il est vrai, dispersées et mal documentées. Sans s’attarder sur toutes les raisons pour lesquelles ces travaux restèrent longtemps inaperçus, sans doute faut-il se rappeler la place des ingénieurs dans l’imaginaire commun, en des temps où l’écrasante majorité d’entre eux relevait du génie militaire, dont la vocation résidait davantage dans l’art de lancer des bombes et de conduire des sièges que dans quelque intérêt pour l’archéologie. L’érection de nouvelles fortifications impliquait d’ailleurs souvent le rasement de faubourgs, de quartiers anciens, voire de monuments de valeur, à l’instar des Piliers de Tutelle de Bordeaux détruits en 1677. Exception faite de quelques cas singuliers, ce n’est qu’à partir des années 1730 que paraît s’éveiller à l’échelle collective l’intérêt d’ingénieurs pour les monuments anciens. En s’appuyant sur une trentaine de cas parmi les plus emblématiques, l’article défend l’idée que l’Époque moderne peut ainsi, en cette matière, être regardée comme « le temps des ingénieurs », invitant à étudier les périmètres mouvants de la fonction d’« ingénieur » qui, au voisinage du métier d’architecte, fut en perpétuelle évolution du XVIe au XIXe siècle.