Résumé
Les enseignants français des classes à plusieurs cours sont soumis à des prescriptions parfois contradictoires, entre l’atteinte par chaque élève des compétences attendues dans une conception homogène de chaque cours d’une part, et les étayages spécifiques nécessaires pour certains, dans une perspective de prise en compte de l’hétérogénéité des classes, d’autre part. La présence de plusieurs cours dans la classe implique des moments de travail autonome pour les élèves, durant lesquels ils peuvent avoir besoin d’un étayage alors que l’enseignant n’est pas disponible. Des pratiques coopératives telles que l’aide et le tutorat pourraient permettre aux élèves de s’apporter cet étayage entre eux. Comment les enseignants de ces classes considèrent ces modalités coopératives ? Nous nous intéressons au travail des enseignants dans les classes de CP/CE1. Dans une perspective phénoménologique orientée vers leur activité, nous souhaitons comprendre comment ils vivent la tension évoquée ci-dessus, et si l’introduction de pratiques coopératives dans leurs classes apporte des modifications dans leurs expériences de classe. Pour cela, nous avons observé cinq classes de CP/CE1, avant et après une formation institutionnelle de leurs enseignants sur les pratiques d’aide et de tutorat. Nous avons observé la classe et mené des entretiens d’autoconfrontation avec les enseignants après chaque observation. L’analyse de ces données porte sur les préoccupations des enseignants, leur vision des interactions entre les élèves et de leur travail autonome, leurs ajustements et leurs dilemmes professionnels, ainsi que leur perception de l’hétérogénéité de leur classe et des besoins particuliers des élèves.