Résumé
Bien que la phénologie soit reconnue depuis longtemps comme une caractéristique essentielle de l'adaptation des organismes à leur environnement, jusqu'à récemment, les événements phénologiques ont rarement été pris en compte dans le contexte plus large de l'approche fonctionnelle de l'écologie. Nous évaluons ici l'association entre la phénologie et deux traits fondamentaux qui structurent le phénotype: (i) la durée de vie des feuilles, qui est un trait essentiel pour l'utilisation des ressources par les plantes en raison de son rôle dans ce que l'on appelle le « syndrome économique foliaire », et (ii) la masse des fruits, qui contribue à un syndrome développé par les plantes pour favoriser la dispersion des graines. La phénologie des feuilles ‐ production et perte ‐ et de la reproduction ‐ phases de floraison et de fructification ‐ ont été suivies pendant quatre ans sur des arbres de 52 variétés cultivées et accessions sauvages d'olivier ( Olea europaea L. subsp. europaea ) qui se trouvent dans une collection variétale ex situ située dans la région méditerranéenne du sud de la France. La durée de vie des feuilles a été calculée à partir des relevés de phénologie des feuilles. La masse surfacique (rapport entre masse et surface) et la teneur en azote des feuilles ont été mesurées afin de tester si la durée de vie et la phénologie des feuilles étaient associées à ces deux autres caractéristiques centrales du syndrome économique foliaire. La masse fraîche des fruits à la récolte a été déterminée pour évaluer l'association entre la phénologie reproductive et cette composante importante de l'effort reproductif. La durée de vie moyenne des feuilles varie du simple au double d'une variété à l'autre. Elle est liée à la fois au moment du pic de perte et à la durée de la période de perte des feuilles. Nous n'avons trouvé aucune relation entre la durée de vie des feuilles, leur phénologie et les deux autres caractéristiques du syndrome économique foliaire. La masse fraîche des fruits, qui varie d'un facteur 10 entre variétés, est deux fois plus élevée chez les oliviers cultivés que chez les oliviers sauvages. Elle est reliée à plusieurs phases de la phénologie reproductive, notamment la durée de développement des fruits. Les phénologies foliaire et reproductive se sont révélées largement découplées. La phénologie des feuilles apparaît comme une dimension fonctionnelle largement indépendante de l'utilisation des ressources par les plantes, tandis que la phénologie de la reproduction apparaît comme un déterminant mineur de la masse des fruits. Dans l'ensemble, ces résultats démontrent que chez l'olivier, les associations entre la phénologie et les traits décrivant d'autres aspects de la forme et de la fonction des plantes sont peu marquées.