Abstract
Les deux auteurs de l'article que nous publions ci-après font une analyse très critique de « l'idéologie du développement durable ». Fondant leurs réflexions sur l'économie planétaire, ils pensent que le mot durable représente la dernière stratégie de l'idéologie du développement pour s'imposer. Prenant délibérément et clairement le parti de condamner le développement pour les déséquilibres économiques, écologiques et sociaux qu'il engendre, ils décortiquent la démarche de développement durable soutenue par les gouvernements et certaines entreprises multinationales. Sans doute l'articulation des mots est-elle la clé de tout message. Peut-on, dès lors, considérer que, dans la formule, développement a la valeur du principe et que durable correspond à la règle que celui-ci appelle ? Si telle est la signification de ce rapprochement, nous pouvons en déduire qu'il vise à être un hymne à la croissance. Une croissance dont les risques seront suffisamment maîtrisés pour lui permettre de durer. Ce souci est cependant présent dans toutes les décisions dont les effets sont espérés longs dans le temps. Mais c'est parce que les choix économiques supportant le développement sont contestés par une partie importante de la population des pays occidentaux qu'il a pu paraître utile d'y opposer une formule choc. Face à l'idéologie de l'anti-développement contestant le progrès par la croissance technicienne et suscitant l'inquiétude, celle-ci a eu pour mission de rassurer. Son succès est incontestable. Il peut d'ailleurs être mis en parallèle avec celui du principe de précaution dont il épouse le destin en étant employé à tout bout de champ, dans n'importe quel domaine. C'est dire combien sa portée peut sembler faible. Et si, tout simplement, cet entichement pour le développement durable n'était que la traduction des inquiétudes de nos société riches ?