Abstract
Umberto Eco décrit dans son roman Le nom de la rose l’organisation, la conservation des données et l’accès au savoir, il y a sept siècles dans la bibliothèque d’une abbaye, qui finira par brûler, détruisant ainsi le travail des moines copistes, premiers artisans de la redondance avant l’invention de l’imprimerie puis de l’informatique.Ce type d’événement s’est reproduit au travers des époques avec à chaque fois des pertes de connaissances. L’épisode le plus récent dans notre époque de dématérialisation, est l’incendie spectaculaire à Strasbourg le 10 mars 2021 d’un « data center » – c’est-à-dire d’un centre de stockage et de traitement de données – qui a eu des conséquences importantes pour les utilisateurs. Cet incident est révélateur de la fragilité des infrastructures numériques (ordinateurs, serveurs, racks de stockage, réseaux de communications, alimentations électriques, climatisation…), qui amène à des pertes de données parfois irréversibles, et des services interrompus (systèmes d’information, applications informatiques, messageries, sites Web…).Un tel accident industriel nous interpelle en fait sur la réalité physique du monde numérique. Celui-ci s’est construit depuis une quarantaine d’années autour de machines informatiques concentrées dans des réseaux de data centers qui constituent le nuage numérique ou « cloud ». Ce « nuage », d’apparence immatérielle, repose en fait sur des infrastructures distribuées et interconnectées à l’échelle de la planète. On recense à ce jour près de 5 000 data centers dédiés ou mutualisés répartis dans 127 pays dans le monde, certains pouvant héberger des dizaines de milliers de serveurs.L’histoire de l’informatique est faite d’alternances du local au global entre des infrastructures centralisées et distribuées : centralisées au siècle dernier autour d’un ordinateur unique, puis distribuées avec l’avènement de l’informatique nomade (PC, tablettes, smartphones, objets connectés…), puis mixte de nos jours avec des services de plus en plus externalisés vers des sociétés spécialisées (GAFAM par exemple) pour sauvegarder et traiter des données, ou communiquer au travers des réseaux sociaux, ou dans le télétravail par visioconférences et documents partagés.