Résumé
Cet article analyse la mise à l'agenda du problème des terres agricoles en friche en Guadeloupe, impulsée par la Direction de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt (DAAF). En mobilisant le concept de « travail politique », il examine les opérations cognitives, relationnelles et instrumentales par lesquelles l'administration étatique a tenté de requalifier un régime foncier composite, issu des recompositions post-sucrières et marqué par des usages et appropriations souvent informelles. À partir d'une enquête qualitative menée en 2023 (entretiens, corpus documentaire), l'article revient sur une initiative portée par plusieurs institutions locales pour activer la procédure de « valorisation des terres incultes » (Code rural). L'objectif affiché était d'installer 400 jeunes agriculteurs sur plusieurs milliers d'hectares, s'inscrivant dans un effort de renouvellement de l'action publique agricole ultramarine autour de la souveraineté alimentaire. Cependant, cette tentative inaboutie révèle les contradictions entre changement et inertie dans un contexte foncier postcolonial et conflictuel.