Résumé
Cet article propose d’étudier la fabrication médiatique de la célébrité de l’Académie Goncourt dans la première moitié du XXe siècle, ce qui ne va pas sans poser le problème de l’articulation entre la figure du génie, héritée du romantisme du XIXe siècle, et celle de la vedette, promue au XXe siècle. Grâce à la mise au jour de différents dispositifs de vedettarisation, l’Académie Goncourt apparaît très médiagénique pendant la période, que ce soit dans la grande presse parisienne, les hebdomadaires d’actualité ou les revues littéraires. Des multiples intrigues de ses débuts à l’événement littéraire qu’il constitue dès les années 1920, le Prix Goncourt a fait l’objet d’une médiatisation fondée sur l’effacement progressif de la figure du génie incompris au profit de la célébrité que ne rebute pas le commerce de la littérature. Certains membres de l’Académie, tels Ajalbert, Descaves, Rosny et Léon Daudet, investissent largement quotidiens, hebdomadaires et revues pour chroniquer la vie des Dix et les coulisses de leurs tractations. Différents dispositifs médiatiques construisent cette montée en célébrité de l’Académie Goncourt et de son Prix : feuilletonnisation, scénario dramatique des vainqueurs et des vaincus, interviews, échos, photographie. Mais une telle vedettarisation, au fond, n’étonne guère tant elle caractérise la presse du premier XXe siècle et sa forte propension à fabriquer des héros, qu’ils soient écrivains, sportifs, reporters ou acteurs de cinéma. Ce qui est sans doute plus remarquable, c’est la manière dont cette vedettarisation de l’Académie Goncourt a eu, par effet retour, des conséquences sur le rayonnement, la diffusion et la réception du naturalisme. La forte médiatisation de l’Académie Goncourt participe à la moyennisation (au sens de middlebrow) du naturalisme qui est sa marque de fabrique, tant du point de vue des membres qui la composent que des prix qu’elle décerne. Avec la montée en célébrité de l’Académie Goncourt dans le discours médiatique, le naturalisme se charge d’une forte puissance communicationnelle dans le champ littéraire et plus largement culturel du premier XXe siècle.