Résumé
Cette communication, basée sur une enquête menée sur la rivière Verdon dans le
Sud de La France, cherche à approfondir l’idée de régulations environnementales
« adhocratiques », c’est-à-dire des négociations d’usages différentiés de la
ressource eau hors des instances de participation/concertation prévues par la loi
(en l’occurrence la loi française de 1992 sur la gestion de l’eau).
A travers le cas des relations entre industrie du tourisme (camping, rafting,
kayak) et celle de la production électrique (EDF), il s’agira de décrypter les
postures ubiquistes des acteurs de ces deux secteurs vis-à-vis de l’espace officiel
de concertation : la Commission Locale de l’Eau (CLE).
Les enjeux importants de la gestion des rivières (lâchés d’eau des barrages par
exemple) sont l’objet de négociations bilatérales, hors de la CLE, entre Electricité
de France et les professionnels du Rafting par exemple, au mépris des principes de
concertation et de gestion intégrés des problèmes et conflits d’usages.
Mais pour autant, la posture de ces acteurs ne saurait être pensée de manière
manichéenne : soit dans la concertation, soit hors de la concertation. En effet,
l’observation montre qu’ils choisissent de participer à la concertation officielle
pour maîtriser ou contrôler les évolutions de la négociation interne à la CLE tout
en continuant à négocier hors de ce lieu leurs intérêts vitaux (exemple des lâchés
d’eau). La participation de certains acteurs, et non des moindre en terme d’impact
environnemental, doit donc être analysée comme un positionnement entre
participation/concertation d’une part et « adhocratie » d’autre part.
Cette ubiquité des postures n’est pas sans conséquences sur le métier des
coordonateurs des politiques de l’environnement (chargés de mission CLE intégré à
l’équipe du Parc Naturel du Verdon pour notre exemple) : leur quotidien consiste
alors à tenter de construire une concertation via la procédure officielle d’une
part, tout en essayant de repérer et d’infiltrer, et finalement de participer à leur
tour aux négociations « adhocratiques » d’autre part. Autrement dit, les
professionnels de la concertation se trouvent pris dans un jeu à double tranchant :
celui de reconnaitre l’ « adhocratie » pour réussir la concertation. Leur posture
revient alors à celle de « passeurs » entre ces deux types de régulation.
Ainsi, les instruments et procédures de concertation font l’objet d’usages et de
stratégies de la part des acteurs, montrant ainsi les limites de la gouvernance
environnementale basée sur le principe de concertation.
A l’aide de la reconstruction des stratégies de négociations hors et dans la CLE
l’hypothèse de la gouvernance « adhocratique » de l’eau est ici postulée.