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La dépense énergétique est différente selon le caractère restrictif ou purgatif de l’anorexie mentale
Article de revue scientifique   Avec comité de lecture

La dépense énergétique est différente selon le caractère restrictif ou purgatif de l’anorexie mentale

N. El Gritli, C. Lambert, V. Flaudias, E. Gentes, N. Farigon, M. Pouget, M. Seneque, L. Maimoun, S. Guillaume et Y. Boirie
Nutrition Clinique et Métabolisme, Vol.37(2)
05/2023

Résumé

Introduction et but de l’étudeLa détermination de la dépense énergétique de repos (DER) et de la composition corporelle sont des éléments importants dans l’évaluation nutritionnelle des patients atteints d’anorexie mentale (AN). La DER de patients souffrant d’AN est diminuée en comparaison de celle de sujets sans AN suggérant une adaptation connue de la dépense énergétique à la sous-alimentation chronique. Ces modifications sont généralement attribuées aux changements de leur composition corporelle, réduction de leur masse maigre (MM) métaboliquement active. Cependant, des phénomènes thermogéniques peuvent se produire en fonction des profils cliniques des patients AN (restrictif ou purgatif) pouvant impacter le turnover (entrée et sortie) énergétique, lui-même pouvant être estimé par la DER.Matériel et méthodesL’objectif principal de cette étude était de déterminer et comparer les profils de DER mesurée dans les deux types d’AN (restrictif : AN-R et purgatif : AN-BP). Dans un second temps, afin d’estimer leur adaptation métabolique, le lien entre la DER mesurée et théorique ainsi que l’impact de la composition corporelle ont été analysés. Le caractère « hypométabolique » (DER mesurée inférieure à la DER théorique) a été également étudié.La dépense énergétique de repos a été mesurée par calorimétrie indirecte (Quark RMR, Cosmed, Rome, Italy) après une nuit de jeune et calculée théoriquement avec l’équation de Harris et Benedict. La composition corporelle a été obtenue par anthropométrie et par impédancemétrie. Cette étude observationnelle rétrospective a inclus 89 patients AN (IMC moyen 17,6 ± 2,2 kg/m2), majoritairement de sexe féminin (92 %), dont 48 patients AN-R et 41 patients AN-BP, de 24,8 ± 8,7 ans et 26,0 ± 7,9 ans, et de 47,1 ± 7,0 et 49,3 ± 8,7 kg, p = NS, respectivement.Résultats et analyses statistiquesLa dépense énergétique mesurée était significativement plus faible dans le groupe AN-R que dans le groupe AN-BP (1101,9 ± 210,3 versus 1221,8 ± 194,7 kcal/j respectivement, p = 0,007). Aucune différence significative n’a été trouvée entre les deux groupes en termes de DER théorique (p = 0,7). Entre AN-R et AN-BP, la masse maigre n’était pas différente (37,7 ± 5,3 vs 37,6 ± 5,4 kg, p = NS) mais la masse grasse était plus élevée chez AN-BP (9,4 ± 4,2 vs 11,7 ± 4,7 kg, p < 0,02). Par rapport à la DER théorique et comparé aux AN-BP, les patients AN-R étaient statistiquement plus hypométaboliques (37,5 % versus 9,8 % ; p = 0,002). Enfin, malgré une relation significative entre la DER et la masse maigre dans les 2 groupes (r2 = 0,23 et r2 = 0,49), il n’y avait pas de différence significative entre les droites de corrélation (p = 0,39) suggérant l’absence de contribution de la masse maigre dans ces différences de DER entre les groupes AN-R et AN-BP.ConclusionLes résultats indiquent que la DER des patients AN-R est inférieure à celle de patients AN-BP avec une prévalence plus forte de patients AN-R « hypométaboliques », ceci de façon indépendante aux changements de la composition corporelle. Ces données suggèrent un rôle du maintien de l’ingestion alimentaire dans un processus thermogénique passant par des médiateurs encore à définir.

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