Résumé
Lors de l’épidémie d’Ebola de 2013-2016 en Afrique de l’Ouest, des scientifiques ont émis l’hypothèse d’une transmission zoonotique initiale du virus à un enfant en Guinée qui avait l’habitude de jouer, de chasser et de consommer de petites chauves-souris. Au regard des messages sanitaires qui se focalisent sur les risques d’infection au contact des chauves-souris, cet article considère plus largement la place et le rôle des pratiques ludiques et cynégétiques des enfants dans le quotidien d’un village peul guinéen. Alors que le récit de deux frères dévoile l’importance des expéditions en brousse dans la socialisation des garçons, la restitution d’imitations comiques du chant des animaux souligne l’apprentissage ludique des connaissances écologiques et des pratiques langagières qui façonnent leur identité. Enfin l’ethnographie de jeux de poursuite improvisés avec une chauve-souris éclaire plus particulièrement les perceptions locales de l’animal et sa place dans la société peule. Il s’agit d’élargir par l’ethnographie le champ des connaissances et des pratiques à même d’apporter leur contribution à l’énigme épistémologique du rôle des chauves-souris dans la transmission du virus Ebola.