Résumé
La fréquence et la gravité des infections à pneumocoque (IP) augmentent chez les sujets à risque tels que les patients immunodéprimés ou atteints de certaines pathologies chroniques. En 2017, le Haut Conseil de Santé Publique a recommandé une double vaccination anti-pneumococcique (VAP) chez ces patients, correspondant à une dose de vaccin conjugué à 13 valences suivie d’une dose de vaccin non conjugué à 23 valences au minimum 8 semaines après. Malgré ces recommandations, la couverture vaccinale est limitée, évaluée à 20 % dans cette population en France.
L’objectif de cette étude est d’évaluer l’impact d’une intervention du pharmacien clinicien sur le respect des recommandations vaccinales anti-pneumococciques chez les patients hospitalisés à risque d’IP à leur retour à domicile.
Ce travail est une étude prospective, monocentrique, de type avant-après réalisée entre novembre 2019 et octobre 2020. Les patients inclus sont hospitalisés dans les services de pneumologie et de chirurgie vasculaire d’un centre hospitalo-universitaire, considérés à risque d’IP et sans d’antécédent de VAP. Aucune modification dans la prise en charge n’est effectuée lors de la phase observationnelle. En phase interventionnelle, le pharmacien clinicien sensibilise le médecin hospitalier à l’intérêt d’une VAP en sortie d’hospitalisation. Une consultation pharmaceutique de sortie ciblée sur la VAP est effectuée auprès du patient avant son retour à domicile. Pour l’ensemble des patients inclus, le pharmacien vérifie la dispensation d’un protocole vaccinal complet, 3 mois post-hospitalisation, auprès de leurs pharmaciens d’officine. Il recueille également en sortie d’hospitalisation les prescriptions de sortie relatives à la VAP ainsi que les courriers de sortie mentionnant l’indication de VAP.
Un total de 167 patients a été inclus, 87 lors de la phase observationnelle et 80 en phase interventionnelle. Lors de la phase observationnelle, 2,3 % des patients (2/87) ont retiré un protocole vaccinal complet en ville dans les 3 mois post-hospitalisation. Ce taux est passé à 63,8 % (51/80) en phase interventionnelle, après l’intervention du pharmacien clinicien (p<0,001). Aucun patient inclus en phase observationnelle n’a bénéficié de prescription de sortie relative à la VAP et de mention dans le courrier de sortie, contre respectivement 97,5 % et 40 % des patients en phase interventionnelle.
L’intervention du pharmacien clinicien a permis d’améliorer significativement le nombre de dispensations en ville d’une VAP chez les patients à risque d’IP hospitalisés. Même si un recueil des administrations des vaccins aurait permis d’évaluer directement l’impact sur la couverture vaccinale, cette étude pilote a montré l’efficacité et la faisabilité d’une intervention pharmaceutique pour promouvoir la VAP, laquelle peut s’inscrire dans les activités quotidiennes de pharmacie clinique à l’hôpital.