Résumé
La fréquence et l'intensité des sécheresses estivales et des vagues de chaleur en Europe occidentale ont augmenté, suscitant des inquiétudes quant à l'émergence d'un risque d'incendie dans des zones moins sujettes aux incendies. L'exposition de forêts anciennes abritant des espèces d'arbres non adaptées peut entraîner des pertes de biomasse disproportionnées par rapport à celles observées dans les écosystèmes méditerranéens fréquemment incendiés. Par conséquent, l'analyse des saisons des incendies du seul point de vue des zones brûlées exposées est insuffisante ; nous devons également prendre en compte les impacts sur la perte de biomasse. Dans cette étude, nous nous concentrons sur la saison exceptionnelle des incendies de l'été 2022 en France et utilisons des données satellitaires à très haute résolution (10 m) pour calculer la surface brûlée, la hauteur des arbres au niveau national et l'impact écologique subséquent basé sur la perte de biomasse pendant les incendies. Notre détection semi-automatique à haute résolution a permis d'estimer 42 520 ha de surface brûlée, contre 66 393 ha estimés par le système européen automatisé de détection par télédétection (EFFIS), dont 48 330 ha se trouvant effectivement dans des forêts. Nous montrons que les forêts méditerranéennes ont subi une perte de biomasse plus faible que les années précédentes, alors qu'il y a eu une augmentation drastique de la surface brûlée et de la perte de biomasse dans les forêts de pins atlantiques et les forêts tempérées. Les pertes élevées de biomasse dans les forêts de pins atlantiques sont dues à l'étendue des zones brûlées (28 600 ha en 2022 contre 494 ha par an au cours de la période 2006-2021), mais elles sont atténuées par une faible biomasse d'arbres exposés, situés pour la plupart dans des zones de gestion intensive. Inversement, la perte de biomasse dans les forêts tempérées a été anormalement élevée en raison à la fois d'une multiplication par 15 de la superficie brûlée par rapport aux années précédentes (3 300 ha en 2022 contre 216 ha au cours de la période 2006-2021) et d'une biomasse arborée élevée dans les forêts qui ont brûlé. Globalement, la perte de biomasse (c'est-à-dire le poids sec de la biomasse du bois) a été de 0,25 Mt dans les forêts et les arbustes méditerranéens, de 1,74 Mt dans la forêt de pins atlantiques et de 0,57 Mt dans les forêts tempérées, soit une perte totale de 2,553 Mt, ce qui équivaut à une augmentation de 17 % de la mortalité naturelle moyenne de toutes les forêts françaises, telle qu'elle est indiquée dans l'inventaire national. Une comparaison de la perte de biomasse entre nos estimations et les données globales de biomasse/surfaces brûlées indique qu'une résolution plus élevée améliore l'identification des petites taches de feu, réduit les erreurs de commission grâce à une délimitation plus précise du périmètre de chaque feu, et augmente la biomasse affectée. Cette étude ouvre la voie au développement d'une évaluation à faible latence et à haute précision des pertes de biomasse et des contours des taches de feu afin de fournir une caractérisation plus informative basée sur l'impact de chaque année d'incendie.