Résumé
Résumé À quel modèle de gouvernance un catholique doit-il se référer ? Le nombre d’adeptes, l’intérêt croissant de la communauté académique et, surtout, la publication récente de l’encyclique Caritas in Veritate (2009) donnent aujourd’hui une place centrale à cette question. Pour y répondre, cet article explore les neuf encycliques pontificales fondamentales de la doctrine managériale de l’Église à la recherche du modèle implicite de gouvernance destiné aux acteurs de la vie économique. L’analyse de ces documents mobilise une grille de lecture fondée sur les modèles de gouvernances actionnariales et partenariales qu’elle complète par une référence aux travaux de Saint Augustin de façon à intégrer la question spirituelle et divine. Sur cette base, les trois thèmes majeurs de la gouvernance, que sont la propriété, la valeur et le contrôle facilitent une mise en lumière des liens entre l’économique, l’humain et le spirituel. La démarche méthodologique s’organise en deux temps : une première analyse sous Alceste permet d’identifier les grands domaines des encycliques et leurs articulations ; une seconde analyse, thématique et manuelle, constitue le cœur de l’article et permet un niveau plus fin d’éclairage sur les points de regroupement entre le modèle implicite de gouvernance catholique et les approches managériales traditionnelles. L’article contribue à la connaissance de la doctrine managériale de l’Église à trois niveaux : d’abord, il participe à l’intégration de la question spirituelle dans les modèles de gouvernance, ensuite il ébauche la formalisation d’un modèle de gouvernance catholique destiné aux entreprises, enfin, le positionnement de ce modèle, en lien avec les approches actionnariales et partenariales conduit à en souligner l’originalité. L’orientation de l’Église est en effet explicite quant aux limites de la propriété, du contrôle et de la valeur. Ainsi, le droit de propriété est-il jugé légitime et même fondamental dès lors que l’exercice de la libre propriété est guidé par la morale chrétienne. Il incombe à chaque individu de l’exercer avec responsabilité et humanité. La responsabilité du décisionnaire porte sur la prise en compte du bien commun dans la décision individuelle. En particulier, l’Église condamne explicitement la séparation de la propriété et du contrôle si celle-ci doit conduire à une déshumanisation des décisions. L’analyse des encycliques conduit également à repenser la notion de valeur et la hiérarchie entre les valeurs. L’Humain est la valeur centrale prônée par l’Église dans la gouvernance. Les décisions des investisseurs doivent donc être orientées par un objectif de création de valeur mais cette valeur s’inscrit au service du Développement Intégral de l’homme et comprend en elle l’humanité et la spiritualité. Lorsque des dysfonctionnements apparaissent, une régulation est nécessaire en vertu du principe de subsidiarité. Ce contrôle, du ressort de l’État, doit cependant être subordonné aux libertés individuelles, l’interventionnisme et les institutions devant rester des instruments de la morale et non devenir une finalité.