Résumé
Dans les genres apomictiques, la planification de la conservation est compromise par la complexité taxonomique. L’agrégat Limonium confusum constitue un groupe taxonomiquement complexe d’espèces végétales côtières méditerranéennes. Les seuls critères morphologiques sont insuffisants pour distinguer ses membres, ce qui complique les efforts de conservation dans un contexte de dégradation des habitats. L’agrégat comprend Limonium confusum, Limonium cuspidatum, Limonium densissimum et Limonium legrandii, quatre taxons aux répartitions qui se chevauchent et dont la délimitation reste incertaine. Afin de définir des objectifs de conservation respectant l’héritage évolutif de cet agrégat de Limonium, nous avons échantillonné l’ensemble des populations connues des quatre taxons dans le but de délimiter des Unités Évolutivement Significatives (ESU). Le criblage de 305 génotypes issus de 30 populations à l’aide de 12 marqueurs microsatellites nucléaires a permis d’identifier 23 génotypes multilocus, regroupés en trois clusters distincts, remettant en question la taxonomie actuelle. L’analyse de la diversité génétique des populations, ainsi qu’une étude de descendance, confirment l’absence de mélange génétique au sein ou entre ces clusters, même en situation de sympatrie, ce qui s’explique par la reproduction apomictique. Chaque cluster génétique forme une lignée unique présentant des caractéristiques géographiques et écologiques indiquant qu’il mérite d’être considéré comme une ESU. La première ESU est endémique de la région française du Languedoc. La deuxième ESU présente une distribution fragmentée en France et est associée à des habitats rocheux tels que les falaises littorales et les plateaux calcaires. La troisième ESU montre une distribution disjointe : un premier groupe de populations est réparti le long des côtes ibériques de Valence et de Castellón, et un second ensemble se situe dans les régions françaises de Camargue et de Provence. Ces résultats soulignent l’importance d’études phylogéographiques menées au-delà des frontières taxonomiques et géographiques pour la planification de la conservation des complexes d’espèces apomictiques.