Résumé
Le système de déterminisme du sexe des mammifères (XX/XY) est extrêmement ancien et conservé : toute déviation mène généralement à la stérilité. Cependant, quelques espèces dérogent à la règle. C’est le cas de la souris naine africaine Mus minutoides, qui possède un déterminisme du sexe unique avec un troisième chromosome sexuel : un variant féminisant du X, nommé X* et présent en forte fréquence dans les populations naturelles, qui produit des femelles fertiles X*Y. Ainsi, les femelles sont soit XX, XX* ou X*Y, et tous les mâles XY. Nous avons montré que la combinaison d’un chromosome X* féminisant et d’un chromosome Y a donné naissance à un troisième phénotype sexuel, tant les femelles X*Y diffèrent considérablement des autres femelles sur de nombreux traits. Par exemple, elles ont une plus grande fécondité et procurent de meilleurs soins maternels, en revanche elles présentent aussi des caractères masculinisés comme une plus grande agressivité, malgré des taux d’hormones stéroïdes circulantes similaires. Nous avons étendu nos recherches à l’expression des gènes du cerveau. En comparant le transcriptome des 4 génotypes sexuels, nous montrons qu’une part importante des gènes du cerveau des femelles X*Y s’expriment soit de manière unique (expression différente de tous les autres génotypes) soit identique à celle des mâles. Ces gènes sont surreprésentés sur les chromosomes sexuels, et certains sont de bons candidats pour expliquer les traits comportementaux et reproductifs spécifiques aux femelles X*Y. Au-delà du rôle majeur des hormones, nos résultats mettent en évidence l’importance des chromosomes sexuels dans la construction des différences entre sexes ; ils contribuent également à repenser la vision binaire des sexes.