Résumé
Depuis 2012, les acteurs du développement ont encouragé l'irrigation de complément à partir des étangs agricoles pour faire face à la variabilité des précipitations au Burkina Faso, mais peu d'agriculteurs ont adopté cette innovation. Bien que la récupération des eaux de ruissellement dans des étangs soit une pratique ancienne dans la région sahélienne du Burkina Faso, les agriculteurs n'étaient pas habitués à irriguer les cultures avec l'eau de pluie stockée. Dans ce contexte de faibles taux d'adoption de l'innovation, il est utile de comprendre le comportement et le profil de ceux qui adoptent. Cet article analyse les processus d'adoption des agriculteurs en se concentrant sur leurs caractéristiques socio-économiques et sur les représentations sociales de l'innovation des acteurs. Nous avons mené des enquêtes de terrain auprès de 18 acteurs institutionnels et 33 adoptants. Nos résultats ont montré que les agriculteurs ont des attitudes favorables à l'adoption et que les acteurs institutionnels contribuent à renforcer ces intentions en influençant les normes sociales et les capacités d'action des agriculteurs, mais que les perceptions des agriculteurs quant aux difficultés, aux risques et aux normes sociales les empêchent d'adopter. L'irrigation de complément à partir des étangs agricoles étant une innovation à forte intensité de main d'oeuvre, les agriculteurs qui ne peuvent pas faire appel à la main d'oeuvre communautaire ou embaucher des travailleurs saisonniers sont limités dans leur adoption de l'innovation. De plus, la peur de faire face à la raillerie des membres de la communauté ou la peur de perdre son prestige social est une norme sociale qui peut limiter l'adoption de l'innovation. Nous avons caractérisé le profil des adoptants, qui ont pour la plupart de faibles revenus mais un statut social élevé leur permettant de bénéficier du soutien des décideurs politiques. Les agriculteurs préfèrent cultiver des cultures de rente plutôt que des cultures de subsistance, ces dernières étant l'objectif de la plupart des acteurs institutionnels. Notre étude a montré que les préférences des agriculteurs et leurs perceptions des normes sociales, ainsi que des caractéristiques des innovations, sont aussi importantes que les facteurs socio-économiques et techniques dans leurs processus d'adoption.