Résumé
Cet article explore la place de la nature spontanée en milieu urbain à travers l’exemple de la benoîte commune (Geum urbanum) en s’appuyant sur une approche interdisciplinaire mêlant écologie urbaine, philosophie environnementale et urbanisme. Il commence par analyser les définitions multiples du syntagme « nature en ville » à la lumière de perspectives sociologiques et philosophiques, en soulignant la tension entre aménagement volontaire et spontanéité végétale. À Paris, les politiques de végétalisation répondent aux enjeux climatiques et de biodiversité, mais restent largement fondées sur le contrôle du vivant. Malgré les apports écologiques des plantes spontanées, celles-ci continuent d’être perçues comme des « mauvaises herbes », un héritage de normes historiques (hygiénisme, esthétisme, urbanisme rationalisé). Le cas de Geum urbanum, à la fois valorisée institutionnellement et marginalisée par les pratiques, illustre cette ambivalence. Trois problématiques philosophiques sont identifiées : remettre en question le dualisme ville/nature, reconnaître la valeur de la spontanéité végétale (nature-altérité), et promouvoir une éthique de la nature ordinaire. L’article plaide pour un urbanisme capable d’intégrer le temps et la spontanéité du vivant, en libérant des marges pour donner une meilleure place au végétal spontané. This article examines the role of spontaneous vegetation in urban environments through the case study of Geum urbanum (wood avens), employing an interdisciplinary framework that bridges urban ecology, environmental philosophy, and urban planning. It begins by critically analyzing the polysemous expression “nature in the cite”, drawing from sociological and philosophical perspectives to reveal an underlying tension between human-led urban design and spontaneous plant dynamics. In the context of Paris, current greening policies are framed as responses to climate change and biodiversity loss; however, they remain rooted in paradigms of control over non-human life. Despite the ecological functions provided by spontaneous flora, these species continue to be perceived and managed as undesirable “weeds”, reflecting persistent historical legacies of hygienism, aesthetic norms, and rationalized planning. The case of G. urbanum, simultaneously institutionally valorized and practically marginalized, illustrates this ambivalence. The discussion identifies three key philosophical issues: questioning the entrenched city/nature dualism, recognizing the value of spontaneous vegetal agency (nature-as-otherness), and advancing an ethics of ordinary nature. Ultimately, the article argues for an urban planning paradigm that accommodates ecological timeframes and fosters the presence of spontaneous vegetation by loosening spatial and managerial constraints in urban environments.