Résumé
Résumé Bien que le Sénégal ait connu un seul cas d'Ebola « importé », cet événement a été perçu comme une épidémie à sa phase initiale. Deux imaginaires se sont développés en parallèle : le cauchemar d'une menace infectieuse incontrôlée et socialement disruptive pouvant se propager à travers le pays vers d'autres continents; et la vision d'une mobilisation efficace du système de santé national, modèle pour l'Afrique de l'Ouest. À partir de données du terrain, l'article analyse comment ces imaginaires antagonistes ont façonné le récit national de l’épidémie et affecté ses interprétations au niveau international. Les capacités de contrôle de l’épidémie par le système de santé ont progressivement dominé l'imaginaire du cauchemar dans un récit qui a articulé efficacement un discours technique et des mesures de protection profanes – notamment la mise en place de barrières face au risque. Le modèle d'analyse de la temporalité des récits épidémiques de Charles Rosenberg distinguant quatre phases (révélation progressive; accord sur un modèle explicatif; action politique et rituelle; clôture) s'est révélé pertinent, à la condition que lui soient ajoutées deux autres phases, avant le début et après la fin de l’évènement épidémiologique, signifiantes sur le plan de la production sociale du sens des épidémies.