Résumé
– Depuis l’antiquité, la diversité des formes biologiques fascine, et fait l’objet de descriptions, d’analyseset classifications. Alors que pendant des siècles la caractérisation de la biodiversité a reposé sur des critères morphologiques, l’avènement et le développement rapide des techniques moléculaires et des méthodes analytiques associées ont permis de développer des approches complexes et intégratives pour étudier la biodiversité, tout en incorporant les données issues de la morphologie. Ces approches se classent en trois catégories : 1) Les approches microévolutives de type “génétique des populations”, basées sur de nombreux marqueurs moléculaires répartis dans tout le génome, et qui renseignent sur la structure fine de la biodiversité en étudiant les processus de spéciation (formation des espèces). 2) Les approches de type barcoding, qui permettent de caractériser génétiquement un individu et de lui assigner un nom d’espèce sur la base de la variation de la séquence d’ADN d’un ou de plusieurs gènes. Éventuellement, cette approche permet de définir les limites d’espèces. Combiné à la morphologie, le barcoding moléculaire a conduit à la taxonomie intégrative. 3) Les approches macroévolutives de type “phylogénies” (établies sur des données moléculaires et/ou morphologiques), qui reconstruisent les relations de parenté entre espèces et sont donc non seulement informatives sur la systématique du groupe étudié, mais également sur les processus évolutifs qui en ont structuré la biodiversité (biogéographie historique, rôle de caractères particuliers dans la diversification du groupe, variation des taux de diversification dans le temps ou entre lignées...). Ces trois approches, qui peuvent être combinées entre elles ainsi qu’aux approches morphologiques, ont contribué à mieux caractériser et comprendre les facteurs à l’origine de la biodiversité, par exemple en mettant en évidence des espèces cryptiques (des espèces qui se ressemblent tellement qu’elles étaient considérées comme une seule et même espèce), notamment chez les Insectes; en bouleversant les classifications traditionnelles; ou en remettant en cause le paradigme de l’isolement géographique dans la formation des espèces. Bien que la contribution de ces approches modernes soit notable, elles restent cependant très complexes et perfectibles. Plus important encore, il est essentiel aujourd’hui d’intégrer des experts de divers domaines pour appréhender sous divers angles et mieux comprendre cette biodiversité.