Résumé
Le fonctionnement d’un écosystème s’articule autour des relations de natures diverses entre les nombreuses espèces qui y vivent. Identifier ces interactions et le rôle qu’elles jouent dans le fonctionnement d’un écosystème est un des éléments clés pour progresser dans notre compréhension, et éventuellement prédiction, de la résilience des écosystèmes à des perturbations, comme le changement climatique ou l’exploitation par l’homme des ressources naturelles. Les réseaux d’interactions, qui recensent les espèces d’un écosystème et les interactions qui les lient, fournissent un cadre conceptuel et une boîte à outils extrêmement utiles pour décrire, visualiser et quantifier la complexité inhérente aux communautés écologiques. Par exemple, l’étude de ces réseaux pour l’ensemble des espèces présentes dans la zone de balancement des marées de la côte centrale du Chili (cf. fig. ci-dessous) a permis de quantifier le rôle des interactions trophiques et non-trophiques dans la résilience de ces écosystèmes. Aujourd’hui, les approches et théories de l’écologie des communautés et des écosystèmes sont appliquées aux agroécosystèmes, systèmes a priorimoins complexes mais pour lesquels on suspecte un fonctionnement similaire aux écosystèmes naturels. Les enjeux portés par l’agroécologie, notamment ceux associés à la durabilité et à la résilience de la production agricole face aux aléas climatiques, imposent une nouvelle vision de ces écosystèmes anthropisés. Piloter les interactions entre espèces devient essentiel. Par exemple, il a été montré que des prairies temporaires constituées expérimentalement d’une diversité plus élevée en espèces et variétés avaient une meilleure production et une plus grande résilience, sous l’hypothèse que les interactions entre celles-ci ont un rôle de régulation majeur. Construire ces réseaux d’interactions permet de proposer de nouveaux systèmes agricoles innovants et durables. La simplification des systèmes agronomiques n’est, de fait, plus la norme, et la gestion de leur complexité est de plus en plus appréhendée sous l’angle de l’écologie en général, et des réseaux d’interactions en particulier.