Résumé
Durant le processus d’acquisition du langage, il est possible d’observer l’existence d’une période, qui s’étend approximativement de l’âge de 2 à 3 ans, durant laquelle les enfants produisent beaucoup de disfluences. Cette période est transitoire et coïncide avec le début de la production d’énoncés de plus grandes taille et complexité syntaxique, requérant une planification motrice et linguistique plus complexe (Peters, Hulstijn & Starkweather, 1989). Lorsqu’elle se maintient après un certain âge, elle est généralement l’indice d’un bégaiement persistant. Afin d'étudier plus spécifiquement l'influence de la complexité syntaxique et de l'organisation prosodique sur l'apparition de ces disfluences, nous avons choisi de comparer les productions spontanées d'enfants de 2 à 4 ans dans des langues comportant une organisation prosodique différente telles que le français et le portugais brésilien. Ces enfants ont été enregistrés mensuellement. Pour chaque vidéo, nous avons sélectionné les énoncés les plus longs produits avec des disfluences, telles que les hésitations, les pauses, les faux départs, les interruptions du flux de la parole, les répétitions (syllabes, mots, phrases) et les autocorrections. Nos résultats suggèrent que les disfluences n’émergent pas de façon aléatoire, ni du point de vue syntaxique, ni du point de vue prosodique (Scarpa & Fernandes-Svartman, 2012 ; Scarpa, 2014). Pour le portugais par exemple, elles surviennent toujours avant ou après l’accent tonique et traduisent probablement l’effort cognitif réalisé par l’enfant pour intégrer des éléments dans des énoncés plus longs. Ainsi, les hésitations et les répétitions rencontrées dans la parole de l’enfant paraissent refléter ses connaissances linguistiques et son processus d’entrée dans la dynamique naturelle de la parole.