Résumé
L’article analyse l’expression du cyberharcèlement subi par une influenceuse française sur les réseaux sociaux en septembre 2023. Si X (anciennement Twitter) a été l’espace le plus propice à l’observation de telles violences, pour une grande part, sexistes, ce travail est l’occasion de revenir sur le rôle joué par la médiatisation sur YouTube de l’événement à l’origine du déferlement des cyberviolences. La plateforme a accueilli d’une part des « analyses critiques » formulées par des youtubeur⸱euses s’inscrivant dans la « culture du lol », pratique proche des pensées masculinistes et conservatrices, et d’autre part le contre-discours de la victime. L’étude examine la pluralité des modes de production des discours qui composent le cyberharcèlement de l’influenceuse. La collecte et l’analyse (qualitative et quantitative) d’un vaste corpus de tweets, de vidéos postées sur YouTube et de commentaires associés ont débouché sur la création d’un ensemble de ressources lexicales liées à l’expression de l’antiféminisme et au rejet de l’idéologie « woke ». Le recours à la linguistique outillée a permis, dans un second temps, d’aborder les stratégies argumentatives sexistes de certain·es internautes, comme moyen de détection de contenus haineux. Les discours misogynes pouvant être implicites, nous avons exploré d’autres pistes d’analyse, et notamment l’assignation à la féminité de l’influenceuse de nombreuses conséquences indésirables, illustrant ainsi l’un des ressorts de la « culture du lol ».