Résumé
Objectif : nous souhaitions étudier l'utilisation, la capacité diagnostique et les résultats de la bronchoscopie associée aux examens non invasifs chez les patients immunodéprimés. Dans ce contexte, l'incapacité à identifier la cause de l'insuffisance respiratoire hypoxémique aiguë est associée à une aggravation de l'évolution. Il convient de tout mettre en œuvre pour établir un diagnostic, soit par des examens non invasifs seuls, soit en association avec la bronchoscopie. Cependant, notre compréhension des risques et des bénéfices de la bronchoscopie reste incertaine.Patients et méthodes : il s’agissait d’une analyse secondaire pré-planifiée d’Efraim, une étude prospective, multinationale et observationnelle menée auprès de 1611 patients immunodéprimés atteints d’insuffisance respiratoire aiguë admis en unité de soins intensifs (USI). Nous avons comparé les patients ayant bénéficié uniquement de tests non invasifs à ceux ayant également bénéficié d’une bronchoscopie par analyse bivariée et après appariement par score de propension.Résultats : une bronchoscopie a été réalisée chez 618 patients (39 %) qui étaient plus susceptibles d'avoir une hémopathie maligne et un score de gravité de la maladie plus élevé. La bronchoscopie seule a permis un diagnostic chez 165 patients (rendement diagnostique ajusté de 27 %). La bronchoscopie a entraîné un changement de prise en charge chez 236 patients (rendement thérapeutique de 38 %). La bronchoscopie a été associée à une aggravation de l'état respiratoire chez 69 patients (11 %). La bronchoscopie a été associée à une mortalité plus élevée en USI (40 % contre 28 % ; p < 0,0001) et à une mortalité hospitalière (49 % contre 41 % ; p = 0,003). Le taux global de causes non diagnostiquées était de 13 %. Après appariement par score de propension, la bronchoscopie est restée associée à un risque accru de mortalité hospitalière (OR 1,41, IC à 95 % 1,08-1,81).Conclusions : la bronchoscopie a été associée à une amélioration du diagnostic et à des modifications de la prise en charge, mais également à une augmentation de la mortalité hospitalière. L’équilibre entre les risques et les bénéfices dans chaque cas devrait être étudié plus en détail.