Résumé
En Guyane, la leishmaniose cutanée est un problème de santé publique tandis que sa forme viscérale (LV) n’y est que peu rapportée contrairement au Brésil voisin. L’objectif de cette étude était d’identifier de façon exhaustive les cas de leishmaniose viscérale diagnostiqués en Guyane ou en France en provenance de Guyane.
Une étude rétrospective, descriptive, non interventionnelle multicentrique a été réalisée sur la période de 2000 à 2022 au laboratoire de parasitologie-mycologie de l’hôpital de Cayenne et au Centre national de référence des leishmanioses de Montpellier.
Sur la période d’étude, trois cas ont été identifiés. Le premier, diagnostiqué à Cayenne en 2007, était un patient de 49 ans originaire du Brésil, orpailleur illégal en Guyane depuis 6 mois. Il a présenté un tableau d’altération de l’état général et une pancytopénie révélant une infection par le VIH. Le diagnostic de LV à L. infantum a été posé sur l’examen direct de la biopsie hépatique. Le second patient, diagnostiqué à Cayenne en 2010, était un également un orpailleur brésilien clandestin de 20 ans, en Guyane depuis quelques mois. Il a présenté un tableau de fièvre prolongée et une pancytopénie, la sérologie VIH était négative. Le diagnostic de leishmaniose viscérale à L. infantum a été posé à l’examen parasitologique direct du myélogramme. Le troisième était un enfant de 2 ans hospitalisé à Paris en 2018 pour fièvre et pancytopénie. Il était né en Guyane, et ses parents avaient déménagé en région parisienne alors qu’il avait 1 an et 4 mois. Ses parents rapportaient un voyage en Espagne (région de Madrid) en 2017. Le diagnostic de leishmaniose viscérale à L. infantum a été posé sur la PCR sur la moelle.
Les premiers cas ont été diagnostiqués chez des patients orpailleurs en forêt guyanaise depuis quelques mois, mais originaires du Brésil où la LV à L. infantum est endémique. L’incubation pouvant durer parfois quelques années, il est difficile de trancher entre des cas acquis en Guyane ou bien des cas importés du Brésil et réactivés localement. Le 3e cas est celui d’un enfant né en Guyane vivant sur Paris et ayant voyagé en Espagne où la leishmaniose viscérale est présente. L’histoire clinique n’a pas pu trancher entre une acquisition ancienne en Guyane et une acquisition en Espagne. Dans une zone géographique où le parasite est présent et frontalier de zones d’endémie de leishmaniose viscérale, mais où des cas sont régulièrement diagnostiqués chez des chiens, l’étude nous montre que seulement 3 cas dont le lieu d’acquisition est discutable ont été recensés en 23 ans.