Résumé
L’optimisation du traitement antirétroviral représente un élément essentiel pour l’atteinte des 90–90–90. Malgré les progrès considérables réalisés pour rendre accessibles les ARV dans les pays à ressources limitées, les praticiens sont confrontés à des défis liés à la sous optimisation du traitement antirétroviral du fait des échecs thérapeutiques et de la faible rétention aux soins. Les objectifs étaient de déterminer la prévalence des issues thérapeutiques défavorables (échec virologique, perdus de vus (PDV), décés) des PVVIH suivies dans un site décentralisé et d’en décrire les facteurs associés.
Il s’agit d’une étude transversale, analytique portant sur les PVVIH âgés de 18 ans et plus suivies dans le site durant la période du 1er février au 31 décembre 2018, Une fiche de recueil des données a été remplie à partir des dossiers médicaux (cliniques, immuno-virologiques et évolutives) et par entretien avec les patients (informations sociodémographiques et niveau de connaissance sur le VIH). Les données ont été analysées grâce au logiciel EPI 2002. Les proportions ont été comparées par le test Chi2 et le test de Fisher, une valeur de p<0,05 a été considérée comme significative.
Au total, 327 patients ont été colligés, de profil VIH-1 dans 90 % des cas. Ils étaient mariés dans 56 % des cas et provenaient de la zone rurale dans 97 % des cas. Au total, 80 % de la cible était non ou faiblement scolarisée. L’ âge médian était de 44 ans (extrêmes 18–76) avec un ratio F/H de 3,3. Trente pour cent n’avait pas partagé leur statut sérologique, et plus de la moitié avait un faible niveau de connaissance sur la transmission du VIH. À l’inclusion, 58 % des patients étaient symptomatiques classées au stade 3 ou 4 de l’OMS, ils présentaient une immunodépression sévère un taux médian de CD4 de 207 cellules/mm3 (extrêmes : 2–946), la charge virale était détectable chez la moitié des patients avec une médiane de 100000cp/mL. Le schéma antirétroviral associait 2 INTI à 1NNTI dans 88 % des cas. La durée médiane de suivi était estimée à 60 mois (1–204). Les issues thérapeutiques défavorables étaient de 39 % (128 patients). La proportion d’échec virologique était de 17 %, celle de PDV de 21 % et la létalité de 7 %. Ces issues thérapeutiques défavorables étaient associées à l’âge inférieur à 25 ans (p=0,009) au sexe féminin (p=0,04), à la mise sous traitement ARV tardive (CD4 à l’inclusion inférieure à 200cel/mm3 (p=0,04) et charge virale élevée supérieure 10000cp/mL (p=0,01) à l’inclusion) et au niveau de connaissances sur le VIH faible (p=0,04).
Ces résultats suggèrent la nécessité de rendre accessibles les nouvelles classes thérapeutiques pour le traitement antirétroviral de première ligne mais aussi de développer des stratégies pour améliorer la rétention aux soins.