Résumé
Dans les séquences lœssiques du Dernier glaciaire (Weichselien) du nord de la France, le Pléniglaciaire moyen (PGM) se caractérise par un ralentissement de la sédimentation lœssique, favorisant le développement du « complexe de sols de Saint-Acheul / Villiers-Adam» durant les phases interstadiaires plus tempérées. À l’inverse, le Pléniglaciaire supérieur se distingue par une intensification marquée de la sédimentation lœssique et la disparition des horizons pédologiques de type sol brun boréal/arctique, traduisant des conditions climatiques nettement plus rigoureuses. Les horizons-repères pédologiques et périglaciaires du PGM et du PGS sont bien documentés sur plusieurs sites de référence du nord de la France, autorisant des corrélations stratigraphiques régio-nales et leur extension de proche en proche à la Belgique et à l’Allemagne.La limite entre le PGM et le PGS reste néanmoins difficile à caractériser, en raison des critères stratigraphiques ou chrono-cli-matiques et de la présence fréquente d’un hiatus dans les séquences, notamment autour de 34 ka. Sur la base des enregistrements à haute résolution d’Havrincourt et de Nussloch, cette limite est souvent placée au sommet du dernier sol brun arctique (Lohner Boden), attribué au PGM et daté d’environ 34 ka, i.e. contemporain des interstades groenlandais (GI) 7 ou 6.L’étude de la séquence d’Haynecourt (Pas-de-Calais) apporte un éclairage nouveau, grâce à un enregistrement pédo-sédimentaire relativement continu et surtout bien daté (17 dates radiocarbone). Les âges radiocarbone obtenus sur les granules calcitiques de vers de terre permettent de décrire une phase de transition longue d’environ 6 000 ans (~ 36,5-30,5 ka), correspondant à une dégradation progressive des conditions climatiques. Ces résultats permettent de proposer une subdivision du PGM en deux sous-phases : la sous-phase A (~ 55-36,5 ka / GI-17 à GI-8), marquée par des sols bruns boréaux à arctiques, et la sous-phase B (~ 36,5-30,5 ka / GI-7 à GI-5.1), caractérisée par un environnement de type toundra. Dans ce schéma il est proposé de placer la limite PGM / PGS vers 30,5 ka.