Résumé
Depuis une trentaine d’années, la question de la libéralisation des politiques publiques est devenue un des thèmes dominants de la science politique. Dans cette perspective, de nombreux travaux ont évoqué le démantèlement de l’État qui en découlerait. Le propos de cet article est de nuancer cette idée en soulignant que le processus de libéralisation subi par les politiques publiques depuis la fin des années 1980 s’est accompagné de l’émergence d’un nouveau type d’élites étatiques, qualifiées de gardiens des politiques de l’État. L’analyse des transformations subies par les deux secteurs de la santé et de la défense en Europe et aux États-Unis montre que l’élément distinctif de ces élites ne tient pas seulement à leur engagement en faveur du maintien de ces politiques, mais dans leurs trajectoires, caractérisées par une identification aux capacités d’action de l’État dans des secteurs de politiques en pleine recomposition. Leur prise en compte offre ainsi de nouvelles perspectives sur la distinction entre État fort et État faible qui structure la sociologie de l’État.