Résumé
L'érosion des sols est l'une des plus importantes externalités environnementales d’aujourd’hui et une grave menace pour la durabilité des systèmes agricoles. Elle constitue la forme la plus répandue de la dégradation des terres dans le monde entier. Le but de cet article est d'estimer le niveau d'érosion des sols générée par les systèmes de culture actuels en Tunisie et d'évaluer les impacts économiques et écologiques des instruments de politique conçus pour traiter ce problème. Les options politiques analysées sont basées sur les pratiques de conservation des sols et des mesures directes d’incitation antiérosives. Les mesures choisies sont la réduction du travail du sol, la suppression de la jachère nue et l'utilisation des rotations culturales à base de légumineuses. La modélisation bioéconomique couplant le modèle biophysique EPIC à un modèle de programmation non-linéaire de type multipériodique récursif a été utilisée pour cette analyse d'impact. Elle a été appliquée à un ensemble d’exploitations-types appartenant à une région du Nord-Est Tunisien (Zaghouan) fortement touchée par ce phénomène. La principale conclusion de cette recherche est la non-convexité de l'espace production-érosion des sols. Autrement dit, l'utilisation de techniques plus intensives pour accroître la productivité (rendement des cultures par exemple) peut être accompagnée par des changements bruts dans la courbe de l'érosion des sols (dommages), qui se manifestent soit par des non-monotonies ou des non-convexités. En termes d'options politiques et en raison de l'abandon de l’hypothèse de convexité, les mesures d'incitation antiérosives apparaissent plus efficaces que les instruments conventionnels tels que la taxe Pigouvienne ou les systèmes de quota. La mise en œuvre des pratiques de conservation des sols conduirait à une diminution nette de l'érosion des sols et une augmentation du revenu agricole. Toutefois, avec le taux d'intérêt actuel de 7% la hausse possible du revenu n'est pas suffisante pour inciter les agriculteurs à investir dans ces pratiques. Un taux maximal de 4% serait nécessaire pour rendre cette option plus efficace.