Résumé
Une forêt échange de l’eau avec son environnement. Elle reçoit un apport d’eau liquide sous forme de précipitationset d’éventuelles remontées de nappes souterraines. Elle émet de la vapeur d’eau dans l’atmosphère par évaporation,et peut éventuellement perdre de l’eau par ruissellement (sur sols en pente) ou drainage profond. On appelle « bilanhydrique » de l’écosystème forestier la différence entre ces entrées et ces sorties d’eau. Les différents flux et stockd’eau déterminant le bilan hydrique sont mesurés de façon continue dans cinq sites forestiers français appartenant àl’infrastructure de recherche ICOS France. Ces cinq sites comprennent des forêts tempérées et méditerranéennes,feuillues ou résineuses, caducifoliées ou sempervirentes et partagent tous les mêmes protocoles de mesure. Dans cetarticle, nous évaluons les déterminants du bilan hydrique de ces sites et nous mettons l’accent sur les différencesentre le site méditerranéen à chêne vert de Puéchabon, dans l’Hérault, et le site caducifolié tempéré à chêne sessilede Barbeau, en Ile-de-France. Selon les sites et les années, l’évapotranspiration peut représenter entre 50% et 100%de la pluie reçue par l’écosystème. Toutefois, la transpiration des arbres ne représente que 50% à 60% de l’évapo-transpiration. Au cours de l’année, l’évapotranspiration de l’écosystème dépend à la fois de la demande évapora-toire de l’atmosphère et de la disponibilité en eau du sol. Le sol forestier joue un rôle de réservoir d’eau qui permetaux arbres de continuer à transpirer, même pendant les périodes sans pluie, d’autant que les arbres ont des racinesqui peuvent aller chercher l’eau jusqu’à plusieurs mètres de profondeur. L’analyse des données de l’infrastructureICOS permet de montrer que la consommation d’eau de l’écosystème forestier dépend (1) du climat (demande éva-poratoire), (2) de la réserve hydrique du sol à un moment donné et (3) des caractéristiques morphologiques desarbres du peuplement telles que la profondeur d’enracinement et la surface foliaire. Les principes déduits de l’ana-lyse de ces données permettent de développer des modèles représentant le fonctionnement des forêts, utiles pourquantifier l’évolution des stocks en eau des sols et des sous-sols forestiers, et la réponse des forêts au changementclimatique en cours.