Résumé
For long, the importance of fishing for forest societies has been hiding behind the term “hunter-gatherers”. Whereas the importance of hunting is commonly recognized among such societies, some research has also highlighted that fishing is a primordial resource for subsistence, as well as a key element in the cosmology of several forest societies. However, very few studies — and less so among Central African forest societies — have focused on fishing practices and their social, cultural and symbolic complexity. To contribute to fill this gap, we analyze fishing activities among two Baka communities from southeastern Cameroon, particularly focusing on fishing productivity as well as the ethnoecological specificities and the socio-cultural role of fishing. Data were collected through interviews and systematic observations of fishing activities carried out with children and adults and weekly interviews on productivity carried out during twelve months (n = 272 individuals). Results of this study highlight that fishing, and most specifically dam fishing, a collective women fishing technique, bears a specific place in Baka society. In contrast with hunting, whose value is mostly associated to the cultural valorization of the wild meat, the cultural importance of fishing is largely based on the activity in itself, through its socio-cultural dimension. Dam fishing creates a specific space where, in the absence of men, women create social cohesion through exchanges and sharing. Furthermore, dam fishing represents a privileged space for learning, because it allows not only the transmission of ethnoichthyological knowledge, but also the transmission of other aspects of cultural knowledge that shape the early gender differentiation between boys and girls. This paper aims to highlight the socio-cultural value of fishing activities in the livelihood of contemporary forest hunter-gatherers.
La place de la pêche dans les sociétés forestières a souvent été occultée derrière le terme de « chasseurs-cueilleurs ». Alors qu'il est d'usage de reconnaître la chasse comme une activité majeure, il a été montré que la pêche est une ressource de subsistance primordiale, tout comme un élément clé de la cosmologie de nombreuses sociétés forestières. Cependant, très peu d’études se sont attachées à analyser la pêche dans sa complexité écologique, sociale et symbolique, notamment au sein des populations forestières d’Afrique Centrale. Dans ce sens, notre étude analyse la place réservée à cette activité au sein des communautés Baka du Sud-est Cameroun, à travers sa productivité, ses spécificités ethnoécologiques ainsi que son rôle socioculturel. Pour cela, cette étude se base sur des données relatives à l'ethnoécologie de la pêche, collectées à travers des entretiens et des suivis systématisés des activités de pêche auprès d'adultes et enfants, mais également par des entretiens systématiques hebdomadaires pendant douze mois afin d'estimer la productivité de cette activité auprès de 272 individus. Nos résultats mettent en évidence que la pêche, et tout particulièrement la pêche au barrage — pêche collaborative entre femmes — témoigne d'une place particulière au sein des Baka. À l’inverse de la chasse, dont la valeur est fondée sur la valorisation de la faune sauvage, l’importance culturelle de la pêche est davantage basée sur l’activité en elle-même, au travers de ses aspects socioculturels. La pêche au barrage crée un espace spécifique, loin des hommes, permettant le maintien de la cohésion sociale par les échanges entre femmes. Par ailleurs, elle représente un espace d'apprentissage d'une grande richesse allant au-delà de la transmission de savoirs ethno-ichtyologiques propres à cette activité, mais également d'apprentissage culturel, tout particulièrement en lien avec la construction du genre. Ainsi, notre étude permet de replacer la valeur socioculturelle de la pêche dans le mode de vie actuel d’une population forestière de chasseurs-cueilleurs.