Résumé
Les programmes de suivi des populations reposent généralement sur de l'échantillonnage car il est impossible de suivre tous les sites de la zone d'étude. Dans de telles situations, la recommandation générale pour obtenir des estimations non biaisées des tendances de population est de sélectionner les sites suivis via une méthode d'échantillonnage probabiliste. Cependant, dans la pratique il est courant que les sites ne soient pas sélectionnés sur la base d'un échantillonnage probabiliste, par exemple en choisissant les sites présentant la plus grande abondance d'individus de l'espèce cible au début du programme de suivi. Néanmoins, ces méthodes engendrent un risque élevé d'obtenir des estimations biaisées des tendances. En utilisant des simulations, McClure & Rolek (2023) ont cherché à savoir si trois méthodes de sélection des sites par échantillonnage non probabiliste peuvent produire des estimations non biaisées des tendances dans certaines conditions spécifiques. Pour deux de ces méthodes, à savoir sélectionner des sites de haute qualité et sélectionner des sites connus pour être occupés par l'espèce cible, les auteurs concluent qu'il y a un risque majeur d'obtenir des estimations biaisées des tendances. Pour la troisième méthode, c'est‐à‐dire sélectionner les sites avec la plus grande abondance initiale, ils ont trouvé des conditions dans lesquelles des estimations non biaisées peuvent être obtenues. Ils concluent que la recommandation générale d'utiliser l'échantillonnage probabiliste devrait être révisée. Nous montrons ici que les résultats des auteurs, bien que parfaitement corrects, n'invalident absolument pas cette recommandation. Tout d'abord, nous signalons que les auteurs ont fait des hypothèses fortes sur le fonctionnement des populations dans leurs simulations, et en particulier que la variance interannuelle de l'abondance est similaire pour tous les sites, ce qui est peu probable pour la plupart des populations réelles. Nous montrons à l'aide de simulations simples que même un léger relâchement de cette hypothèse invalide les résultats des auteurs. Nous soulignons également que pour la plupart des hypothèses formulées par les auteurs, il n'est généralement pas possible de savoir au début d'une étude si elles seront respectées ou non. En outre, les auteurs n'ont pas apporté de preuve que sélectionner les sites sur la base d'une abondance initiale élevée conduit à des estimations plus précises des tendances que les méthodes d'échantillonnage probabiliste. Ainsi, les avantages et les risques de cette méthode sont inconnus. Nous concluons que jusqu'à ce qu'il soit prouvé que sélectionner les sites suivis en fonction de l'abondance améliore la précision des estimations des tendances de population et que les situations dans lesquelles cette méthode fournit des estimations non biaisées soient clairement identifiées, utiliser l'échantillonnage probabiliste pour sélectionner les sites suivis doit rester la règle.