Résumé
L’autodiagnostic psychiatrique est souvent présenté comme un phénomène identitaire contemporain, reflet d’une quête de soi. Cette lecture essentialise le lien entre diagnostic et identité. Or, le diagnostic constitue avant tout un acte de langage, constituant une identité au sein d’un ordre social structuré. Nous proposons de l’aborder par la systémique du discours polémique en ligne où extimité et expérience sont valorisées. L’autodiagnostic apparaît ainsi comme un symptôme de la mutation du régime de vérité constitutif du pouvoir psychiatrique foucauldien. Dans le cadre d’une cyberethnographie consacrée aux parcours de jeunes adultes en questionnement psychiatrique, nous avons constitué un corpus de 29 documents textuels et audiovisuels participant à la polémique sur l’autodiagnostic. La description du système discursif de cette polémique présente deux polarités : un discours médical normatif fondé sur des genres institués et un ethos d’autorité ; de l’autre, un discours profane revendiquant une légitimité épistémique ; en interface, des discours médiateurs des polarités. Nous proposons une typologie fonctionnelle des pratiques d’autodiagnostic et analysons les tendances discursives de la polémique. Nous observons un déplacement de la constituance : l’archeion psychiatrique perd de sa légitimité en ligne, où émerge un régime de vérité fondé sur l’expérience. Cette dynamique transforme les conditions d’énonciation et d’intelligibilité de la souffrance psychique. L’autodiagnostic devient ainsi un instrument de reconfiguration des légitimités discursives, marqué par la contestation des postures d’autorité psychiatriques et la réappropriation du processus d’étiquetage identitaire.