Résumé
La caractérisation du rôle vectoriel d'une espèce est essentielle pour comprendre et quantifier les interactions hôte-vecteur-pathogène. Ce rôle doit être évalué pour chaque espèce suspectée d'être vectrice, mais aussi au niveau de la population. En effet, différentes populations d'une même espèce peuvent présenter une variabilité biologique et écologique susceptible d'amplifier ou de limiter leur rôle épidémiologique dans la transmission d'agents pathogènes aux populations humaines et/ou animales. Dans ce travail, nous caractérisons la dynamique spatio-temporelle de deux virus majeurs d'intérêt vétérinaire (le virus de la fièvre catarrhale ovine [FCO] et le virus de la maladie hémorragique épizootique [MHE]) chez les cinq espèces de Culicoides (Diptera: Ceratopogonidae) présentes sur l'île de La Réunion, située dans l'océan Indien. Notre objectif est de quantifier les taux d'infection des deux virus chez les Culicoides collectés sur le terrain sur une période de deux ans. Au total, 33 358 individus comprenant 11 504 pools ont été soumis à un dépistage moléculaire afin de détecter la présence des deux virus. Notre travail a appliqué une approche statistique originale basée sur l'utilisation de l'inférence bayésienne et a montré que les cinq espèces de Culicoides pouvaient être impliquées dans la transmission des deux virus avec différents niveaux d'infection. La MHE n'a circulé au sein des populations de Culicoides que pendant quatre mois au cours de la période d'étude, tandis que le BTV a circulé au sein des mêmes populations pendant toute la période de deux ans. Nous avons émis l'hypothèse que, bien que les deux virus soient transmis par la même espèce de Culicoides, ils présentent des schémas épidémiologiques distincts : la FCO présente une circulation enzootique à La Réunion, tandis que la MHE présente un schéma épizootique.