Résumé
Cet article analyse les formes d’apprentissage en prison à partir d’une étude qualitative menée dans plusieurs établissements pénitentiaires dans le cadre du projet européen SPOC in Prison. L’approche scientifique privilégiée articule observation de situations d’apprentissage impliquant l’usage d’outils numériques déconnectés, spécialement conçus pour l’environnement carcéral, et analyse de pratiques langagières (dire, formuler, ajuster, négocier). Cette double focale langagière et technologique met en évidence comment les apprentissages se construisent au quotidien, à travers paroles, gestes, postures et usages situés du numérique. L’étude montre qu’une ingénierie pédagogique adaptée peut soutenir l’articulation entre éducation formelle (enseignements scolaires), non formelle (ateliers, formations) et informelle (entraide, savoirs expérientiels). Elle repose sur la scénarisation des contenus, la sobriété fonctionnelle des interfaces et la prise en compte des régimes spécifiques d’usage (absence d’Internet, accès limité, accompagnement humain). La médiation humaine apparaît comme un vecteur essentiel : elle facilite l’appropriation des modules, stimule la participation et valorise les savoirs implicites. L’apprentissage des littératies numériques — envisagées comme pratiques sociales situées et critiques — devient ainsi un levier de transformation, à condition d’être pensé depuis le terrain. L’article invite à considérer les pratiques éducatives en détention comme des formes situées à part entière, capables d’ouvrir des espaces porteurs de sens, de reconnaissance et d’émancipation.