Abstract
Depuis les années 1990, l’État vietnamien a lancé des milliers de projetsde développement tous secteurs confondus pour réduire la pauvreté et moderniserles campagnes du pays. Les résultats sont partout très visibles : nouvelles routes etinfrastructures, marchés rénovés, etc. Mais les autorités mettent également en avant275Moussons n° 36, 2020-2, 247-278Anthropologie des relations État-population rurale. Participation locale ...le haut niveau de participation des populations locales (la « base ») à tous ces projets.Un moyen efficace pour montrer aux instances internationales qui financent engrande partie ces projets que le Vietnam remplit avec brio les critères des Objectifsdu Millénaire de l’ONU (2000) de « governance, participation, ownership, empowermentand accountability ». Mais à l’échelle des communes et des familles, la participationest vécue de manière très différente. Le grand Programme for Socio-economic Developmentin Communes faced with Extreme Difficulties (1998-2015) qui s’applique àplusieurs milliers de communes dans tout le pays nous permet d’étudier les relationsspécifiques entre les paysans et l’État au Vietnam dans le nord du pays. Plusieursquestions apporteront des éléments anthropologiques précis sur le positionnementdes populations ethniques locales dans leurs interactions avec les projets : comment laparticipation des populations locales peut-elle s’exprimer dans un système clairementtop down ? Comment la diversité des formes de participations observées nous informet-elle sur l’étendue des actions politiques locales ? Qui sont les véritables acteurs de laparticipation locale ? Finalement, ce sont les formes d’articulation entre un modèle dedéveloppement top down avec une visée « totalisante » et la place de la société civilerurale au Vietnam qui seront interrogées.