Abstract
Au début des années 2000, l'Agence de développement de la culture kanak acquiert quatorze bobines de films réalisés par un gendarme en Nouvelle-Calédonie dans les années 1950-1960. Ces images exceptionnelles permettent de voir le cycle des cérémonies de l'igname, une séance collective de désenvoûtement et des chants aé-aé de Canala et de l'île des Pins. Cette acquisition fut l'occasion de consacrer ce gendarme, bien malgré lui, comme le « Jean Rouch des Kanak » et d'imposer ces images comme un objet de patrimoine. En 2008, le cinéaste Gilles Dagneau s'empare alors de ces bobines pour en faire un documentaire : Le Gendarme Citron. Une aventure cinématographique en Nouvelle-Calédonie. En filmant le monde de Citron comme Citron filmait le monde kanak, Gilles Dagneau rééquilibre la position des protagonistes dans un monde encore dominé par la colonisation. Ces bobines sont en effet aussi celles d'un petit paysan en ascension sociale après la Seconde Guerre mondiale. Son regard socialement situé révèle en creux la singularité du regard ethnologique.