Résumé
La transition vers la durabilité dans les chaînes de valeur globales (CVG) nécessite une meilleure prise en compte de la dimension sociale. Les CVG sont particulièrement scrutées quant à leurs impacts sociaux, notamment en amont où les conditions sociales des travailleurs agricoles des pays dits en développement sont souvent décriées. Les outils existants usuels pour les documenter sont insuffisants pour rendre compte de la réalité puisqu’ils s’intéressent uniquement à l’aspect monétaire du « niveau de vie » et mesurent plus souvent des performances que des impacts. Le résultat de la recherche est une nouvelle démarche (nommée CSDA), à la fois modèle conceptuel et méthodologique, pour connaitre les conditions sociales des travailleurs des pays dits en développement ; et pour mieux évaluer les impacts de l’existence des CVG sur ces conditions sociales dans le but de les outiller pour qu’elles progressent socialement. Son originalité réside dans la combinaison de l'approche de la pauvreté multidimensionnelle et relative, de l’usage de la privation d’accès aux services sociaux comme marqueur de la privation relative (Rostila et al., 2012) et de l’utilisation des normes sociales selon Dubnoff (1985) pour en évaluer l’ampleur. Les conditions sociales décentes sont ici celles qui donnent accès à un état de santé décent, lui-même atteint et maintenu par un accès jugé décent aux services importants dans une société donnée à un moment donné. CSDA se décline en trois étapes dans une recherche-action menée par et pour les acteurs des CVG. La première permet de sélectionner les services importants localement pour les travailleurs et leurs ménages. La deuxième phase est l’évaluation de l’accès à ces services via leurs représentations : pour chacun des services importants, le niveau jugé normal localement et le niveau d’accès réel sont identifiés pour mettre en évidence l’écart éventuel entre les deux. La troisième étape identifie des recommandations et des leviers d’actions pour combler les écarts et propose la mise en place d’un plan d’actions et des contrats de progrès qui seront suivis et évalués par la suite. Ce travail est une proposition pour voir et faire autrement. Au-delà de la critique, elle propose une nouvelle manière fiable d’évaluer les conditions sociales à l’amont des CVG, parties souvent invisibles ou méconnues par l’aval. La démarche CSDA permet d’identifier les priorités des travailleurs et de leurs ménages, et les possibilités pour l’entreprise de les améliorer. La démarche met en évidence une partie des impacts sociaux liés à l’existence de la CVG concernant l’accès aux services (ce qu’apporte le fait d’être travailleur et ce qu’apporte la présence de l’entreprise). Elle documente ce qui se passe réellement dans les CVG et se prolonge par la mise en œuvre concrète du progrès social. Porteur d’une dénaturalisation du « niveau de vie », le modèle créé pourrait s’insérer dans la boite à outils des Etudes Critiques en Management (ECM).