Résumé
Dans les systèmes agricoles, les insectes jouent un rôle crucial en raison de leurs interactions avec les plantes cultivées. La gestion de ces interactions sans l’utilisation de pesticides représente un défi majeur pour la durabilité de l’agriculture. Pour relever ce défi, il est nécessaire de considérer les facteurs socioculturels qui peuvent soit faciliter, soit entraver l'abandon des pesticides. À cet égard, le manque de données de terrain sur les systèmes agricoles de petite échelle des pays à faible revenu constitue une lacune importante dans l’étude des dynamiques de transition agroécologique à l’échelle globale et locale.Les objectifs de cette thèse sont (i) la caractérisation et évaluation des multiples contributions de l’entomofaune des milieux agricoles dans les systèmes de petite agriculture des Andes par une approche transdisciplinaire, (ii) comprendre comment les différentes pratiques agricoles et les connaissances/perceptions des agriculteurs influencent la diversité des pollinisateurs et les rendements des cultures, et (iii) évaluer et quantifier le service de pollinisation pour explorer des compromis dans les pratiques agricoles favorisant les pollinisateurs et les bénéfices pour les agriculteur·ice·s.Le travail de terrain de cette recherche a été mis en place de façon collaborative avec des agriculteur·ice·s de la région de Cotopaxi, dans la Sierra équatorienne. Une approche expérimentale a été mise en place pour comparer trois types de pratiques agricoles pour la gestion des insectes : gestion avec pesticides, sans pesticides, et sans pesticides avec ajout du service de pollinisation.Nos résultats ont confirmé des effets significatifs sur la pollinisation et les bénéfices associés, avec une augmentation des rendements. Les analyses coût-bénéfice suggèrent d'explorer des stratégies alternatives comme le partage des coûts et une meilleure rémunération des producteurs favorisant les pollinisateurs. De plus, notre analyse des Contributions de la Nature aux Populations (NCP) appliquée aux insectes a révélé d’importantes différences de savoirs et de valeurs entre les agriculteur·ice·s en gestion organique et ceux utilisant des pesticides. Les agriculteur·ice·s qui n'utilisent pas de pesticides valorisaient davantage les aspects intrinsèques et relationnels, tandis que ceux en gestion conventionnelle se concentraient sur les valeurs instrumentales.Cette thèse propose un cadre d’analyse pour caractériser les rapports insectes-humains dans les contextes agricoles par les contributions matérielles et non matérielles afin d’identifier les leviers et blocages vers une transition agroécologique. Les résultats montrent des potentialités pour mieux soutenir cette transition dans les contextes d’agriculture de petite échelle. En co-construisant des stratégies avec les agriculteur·ice·s et en valorisant leurs connaissances, nous pouvons développer des pratiques agricoles plus résilientes et durables, bénéfiques pour les pollinisateurs et les agriculteur·ice·s.